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Préface de Christian Seguin

Editions Aubéron
27, allée du coût
64000-ANGLET

Distributeur
CHARPENTIER
05 57 35 64 50
charpentier.diffusion@wanadoo.fr
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la-sauterelle-bleue

Samedi 16 septembre 2006 6 16 /09 /Sep /2006 15:38

A SAUTERELLE BLEUE (éditions AUBERON)  est sélectioné pour le Prix Aquitaine du Livre 2006.
Cet ouvrage est écrit par Jean Marie Darmian et préfacé par Christian Seguin.

Vous ne connaissez certainement pas l’Oedipode bleu (Oedipoda Coerulescens) plus proche des criquets que des sauterelles. Pourtant cet insecte, désormais rare en Gironde, a constitué le repère estival de l’enfance de Jean Marie Darmian. Il l’a pourchassé avec l’espoir de le conserver durablement. Le symbole de la vie villageoise d’un enfant fouineur, curieux de tout, sans cesse prêt à entrer par le trou de la serrure dans le monde des adultes, existe bel et bien. Vous allez le rencontrer !Profitez en car vous ne le trouverez plus dans vos randonnées pédestres en Créonnais.

Ce livre vous propose en effet d’accompagner l’Oedipode bleu pour une escapade au pays des souvenirs. Vous y trouverez beaucoup de similitudes entre les habitudes d’un insecte mystérieux et le comportement d’un gamin primesautier, discret, observateur.

A l’image de sa " sauterelle bleue " Jean Marie Darmian lorsqu'il est dérangé par un " prédateur adulte " de ses rêves, s'envole. Il va ailleurs se fondre dans ce bourg paisible pour y découvrir la vie simple mais prometteuse des années 50 . Il scrute les personnages essentiels de cette commune dans laquelle, grâce à l’implication de ses parents, rien ne peut échapper à ses " enquêtes ". A 10 ans il a déjà le comportement d’un journaliste en herbe ne se contentant jamais de l’apparence des choses ou des événements. Il traque l’info. Il narre ce qui pur lui tient de l’extraordinaire. Il construit demain en puisant dans le passé des autres. Il s’instruit sur les bancs de l’école mais s’éduque dans les rues de Sadirac ou lors des manifestations publiques.

Parfois sa présence dérange. Comme cette " sauterelle de la côte de la Mairie  de Sadirac dont la couleur bleu vif des ailes devient visible quand elle s’enfuit et fixe l'attention du poursuivant, il s’attire les foudres des " grands ". Par contre, quand il se pose quelque part, comme la carapace du criquet il se fond dans son environnement et se "camoufle" par homochromie. Le " prédateur de rêves " est désorienté, car il ne voit plus de couleur vive et poursuit son chemin en oubliant l’intrus réputé disparu. Le " détective " sadiracais en culottes courtes en profite pour rapporter de son parcours dans l’année 1957 des faits précis illustrant tout un art de vivre.

Comme la sauterelle bleue il n’est pas tout à fait d’ici. Ses grands-parents paternels sont venus d’Italie, après un long voyage et avec l’espoir de trouver la chaleur ensoleillée de la réussite sociale. Le gamin aime se plonger dans le parcours de ses ascendants ayant su se frayer une place en un monde chaque jour meilleur pour eux.

Au fil des pages vous suivrez la construction d’une personnalité. Vous constaterez combien les racines discrètes puisent toujours dans le sol du passé le substrat qui permet l’éclosion des fleurs du présent et des fruits de l’avenir.

Contact avec l'auteur : 05 56 23 09 54 ou 06 08 05 64 23

Par jmd - Publié dans : la-sauterelle-bleue
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Lundi 11 septembre 2006 1 11 /09 /Sep /2006 13:22
Monsieur Darmian,
Aprés avoir refermé la " Sauterelle bleue" j'ai pensé vous écrire. Finalement le " Ah quoi bon!.." l'a emporté.
Les parfums de mon enfance sont enfermés dans votre livre, et certaines pages exhalent l'odeur des foins et celle des litrons de piquette. Plongée dans vos lignes, les rires sonores des longues tablées italiennes ont soudainement crépité. Le sommaire, le presque-rien qui composait leur quotidien m'est revenu. Aussi nettes qu'un cliché vos descriptions ont révélé mon enfance à mon souvenir.
J'ai moi aussi profité de 2 cultures aux antipodes l'une de l'autre. Du côté paternel une famille italienne loufoque, tellement foldingue que les films de Derry n'en sont qu'une pale copie, de l'autre une famille posée, dicrète aisée. Mais c'est auprés de l'Italie que j'ai compris où se trouvait le bonheur, décelant dés mon plus jeune age  l'importance du mot et  le  bonheur des étreintes. Le dénuement flirte avec la liberté tandis que l'aisance vous apprend le cadre et la retenue.
Vous avez réveillé des crépitements dans ma mémoire. Un petit feu d'artifice au souvenir des transalpins qui nous ont construit.
Votre histoire n'est pas la mienne, mais elle y ressemble tant, versant Italien.
Merci pour ces moments de lecture nymbés de leurs voix, de leurs chants, de leur culture.
 Enfin et ainsi que je l'écris , j'avais parlé du " Ah quoi bon" avec mon amie Dominique, avec laquelle vous vous êtes rendu au Burkina. Elle me dit que je peux vous écrire. Je le fais pour n'avoir aucun regret.
J'ai eu un fardeau , pas une vie et la mort de mon frère Didier, mon seul et unique frère a marqué le début d'une longue série de catastrophes dans notre vie.
Emportant avec lui, le nom des Bernardi, il a éteint la fierté de mon grand-père Santé, il a soufflé sur les rêves de mon père, qui finit par mourir de chagrin.
Je me souviens de votre voix, sur les circuits, au vélodrome...
Je me souviens de lui et il ne passe pas un jour sans que fugace, son sourire m'apparaisse.
Je n'aime plus les pelotons colorés et le frou-frou de l'air dans les rayons me donne le frisson.
J'ai essayé ancore un peu aprés sa mort, j'ai voulu voir encore les courreurs, mais en fait c'est lui que je cherchais.
Nous habitons sur le circuit de critérium à Castiilon et ce jour là, je rentre chez moi et je me bouche les oreilles. Il est mort.
 
Quand il a plu sur votre vie des trombes de larmes, on peut s'étonner 30 ans aprés d'être encore vivant, trés vivant,  et pourtant je le suis.
J'ai eu ma chance au début. Elle s'appelait Santé et Anna et ceux là mon appris à leur façon qu'un grain de folie est nécessaire et que le courage on le puise tous les jours.
Grâce à eux je sais qu'on peut être heureux d'un rien.
 
Merci d'avoir su si bien les rappeler à nous,
Merci à eux d'avoir existé
 
Marie-Noëlle MAGNE
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Samedi 25 mars 2006 6 25 /03 /Mars /2006 16:24
La sauterelle bleue porte la curiosité d'un enfant. Ses ailes admirables, étranges, extraordinaires dans une période où vivent encore des centaines d'insectes plus ou moins disparus portent les rêves de l'enfance.
Elles vous transporteront dans ces années 50 auxquelles un film récent redonne enfin quelques couleurs. "Le temps des porte-plumes"  offre en effet depuis quelques jours grâce au pouvoir des images ce que "La sauterelle bleue" restitue par le verbe.
Vous y respirerez des odeurs inconnues ou passées. Vous y retrouverez les personnages clés d'un village dans lequel peu de monde pensait que le petit garçon chasseur de sauterelles construisait patiemment sa vie en observant les autres.

Voici ce qu'en pensent les premiers lecteurs :

" Je viens d'achever la lecture de la sauterelle bleue". J'ai pris un immense plaisir à suivre cette évocation du passé. C'est un document à la fois ethnologique et une chronique locale, avec la distance qui sied à ce genre d'exercice, mais c'est aussi un témoignage familial pudique, sensible, parfois caustique, toujours émouvant et constamment sincère..."
Roland FEREDJ
Directeur du CIVB
Maire de Sadirac


"Je te remercie de m'avoir donné accès à ce portrait tellement prenant de l'élucidation d'un devenir humain, avec son aspect documentaire et "historique" mais plus encore avec cette révélation de la construction d'un être humain, à la fois héritier conscient des générations passées et bâtisseur responsable de sa propre existence en cette brièveté de la traversée vers le lieu où liberté et mort se rencontrent "
Robert LUZIGNAN
Ancien Professeur agrégé de Français
Ecole normale d'instituteurs de la Gironde

"Jean Marie Darmian invite les lecteurs à faire un petit tour dans son enfance qui est aussi, par bien des cotés, un peu la nôtre. Telle une ritournelle, le récit plein d'humour et de tendresse, fige désormais le souvenir de ces braves gens, de leurs habitudes et de leurs coutumes que le progrès a fait disparaitre"
Béatrice FERRER
Le temps des sauterelles beues
Hebdo "LE RESISTANT"

"Pour Jean Marie Darmian héros du livre malgré lui, il se verrait bien interprété par le Salvatore Cascio de "Cinéma Paradiso" ce film de Giuseppe Tornatore narrant els émois d'un gamin de 10 ans auprès du projectionniste joué par Philippe Noiret.

L'Italie en toile de fond. L'Entre-Deux-Mers au premier plan avec comme supports à l'histoire en noir et blanc, l'école, l'église et la mairie. "La sauterelle bleue emprunterait aussi à ce film nostalgique de Frederico Fellini intitulé "Amarcod". Dont on sait qu'en dialecte romagnol il veut dire "Je me souviens"
Christian GRENE
Souvenirs d'en France
SUD OUEST DIMANCHE

"Ce livre est magnifique et je suis absolument heureux d’en avoir écrit la préface. Peu importe tous ces épisodes étranges qui ont tenté de nous gâcher le plaisir. La vérité est dans le moment présent. Le livre est là et j’espère qu’il  va trouver de nombreux lecteurs".
Christian SEGUIN
Chroniqueur
SUD OUEST




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Mardi 21 mars 2006 2 21 /03 /Mars /2006 18:59
LU DANS SUD OUEST DIMANCHE

LITTERATURE.
-- Dans « La Sauterelle bleue », roman largement autobiographique, Jean-Marie Darmian, 59 ans, maire de Créon, raconte les émois d'un enfant dans l'Entre-deux-Mers de l'après-guerre

Souvenirs d'en France
: Christian Grené



Jean-Marie Darmian. Le maire de Créon, romancier à ses heures, convoque l'Italie et l'Entre-deux-Mers dans un même élan de souvenirs
PHOTO STEPHANE KLEIN
On connaît l'avertissement : « Toute ressemblance avec un personnage existant ou ayant existé ne saurait être que fortuite. » Jean-Marie Darmian, dans son troisième livre (1), n'a pas eu recours à cette précaution d'usage. Et pour cause : tous les personnages de « La Sauterelle bleue » ont émargé au registre de l'état-civil. Disons dans l'entre-deux-guerres, pour la plupart natifs de cet Entre-deux-Mers où sourdaient à peine les bruits de la métropole bordelaise. Personnages emblématiques d'une époque : le maire, l'instituteur et le curé. Dans les années 1950, on se moquait bien du président de la République et plus encore de son Premier ministre, qu'on appelait alors président du Conseil, grenadier-voltigeur d'une IVe République taillée dans les lambeaux de juin 40 pour un homme affranchi des petites combinaisons politiciennes. Il faut dire qu'en ce temps-là, inscrit dans l'Histoire comme révélateur d'un grand pays abandonné à la plus grande confusion, l'information politique se déclinait surtout dans les journaux. La TSF se préoccupait du sort de la famille Duraton tandis que balbutiait la RTF, où la « choucroute » des speakerines Jacqueline Joubert et Catherine Langeais nourrissait le quotidien des premiers téléphages. Comme, plus tard, la pipe de cinq Pierre (Sabbagh, Lazareff, Dumayet, Desgraupes et autres Tchernia). Ah ! les belles années 50... Chewing-gum, juke-box et rock'n'roll. Et ce Formica, matériau qui recouvrait les meubles de cuisine où trônait une table aux pieds tubulaires. Dont, hélas ! on ne trouve qu'assez peu de traces dans la littérature et le cinéma d'aujourd'hui. Peut-être parce que marquées par le déshonneur d'un maréchal cacochyme qui se voulait la voix de la France; qu'il fallait en effacer les traces un peu comme ces leçons de morale écrites à la craie par les hussards d'une jeune République au tableau noir d'une école où l'instituteur deviendrait le guide des générations à venir.


Vénétie. Y aurait-il aujourd'hui prescription ? En tout cas, par un très heureux hasard, voilà que viennent de sortir sur les écrans « Le Temps des porte-plumes » et dans les librairies « La Sauterelle bleue », un livre de Jean-Marie Darmian dont le héros ressemble étrangement au Pippo de Daniel Duval. Sauf que ce héros, c'est bien lui. Héritier d'un prénom bien français, octroyé sur les fonts baptismaux de Sadirac le 17 février 1947, mais dans les veines de qui coule le sang du grand-père Silvio. Aïeul dont les racines avaient été arrachées au sol de sa Vénétie natale pour être transplantées en 1924 dans cette Moselle où les maîtres de forges se disputaient la main-d'oeuvre italienne, puis à Cursan où son frère Luiggi lui apprit les ficelles du travail saisonnier clandestin. Aïeul haut en couleur. A peine moins qu'Abel, le grand-père maternel dont l'anarchisme découlait de l'enseignement appris de Bakounine et Proudhon. C'est peu dire de Jean-Marie Darmian qu'il est frappé d'atavisme quand bien même Eugène et Jeanne, ses parents, ont poli le caractère d'un enfant dont les premiers émois donnent le titre éponyme de son livre : « La sauterelle affichait des allures de samouraï avec sa carapace grise, ocre, triste et hermétique, se confondant avec les pierres du chemin... »


Langemarie. Ces pierres sont comme les éléments d'un puzzle autour duquel s'est articulée la carrière de Jean-Marie Darmian, instituteur à l'âge de 20 ans devenu journaliste avec l'avènement de François Mitterrand, maire de Créon depuis le... 18 juin 1995. Il aurait même précédé l'appel si Roger Caumont, son prédécesseur comme lui passé par l'Ecole normale n'avait attendu son heure pour se mettre en réserve de la République. Succédant lui-même à d'autres hussards noirs, comme Georges Vasseur et André Meynier, ombres tutélaires d'une génération façonnée par Jules Ferry. Serait-ce encore un hasard si le père Jules, en qui l'on ne voit que le père de l'école laïque, s'essaya lui aussi au journalisme dans « La Presse », « Le Temps » ou « La Tribune » ?
Marqué, comme Jean-Marie Darmian, par des idées de gauche dont les contours ne sont plus aujourd'hui clairement définis. Qui font aussi que le maire de Créon, à qui l'on doit déjà deux ouvrages sur les us et coutumes de sa région natale, se jette à coeur perdu dans l'écriture. Où le curé mais oui ! trouve aussi grâce à ses yeux. Pour cause : il s'appelait Langemarie. Sacré bonhomme que cet interlocuteur de la foi dont on imagine mal qu'il ne soit un réalisateur de téléfilm qui ne veuille, avec tous les autres personnages du livre, lui donner vie sur le petit écran. Pour Jean-Marie Darmian, héros du livre malgré lui, il se verrait bien interprété par le Salvatore Cascio de « Cinema Paradiso », ce film de Giuseppe Tornatore narrant les émois d'un gamin de 10 ans auprès d'un projectionniste joué par Philippe Noiret. L'Italie en toile de fond, l'Entre-deux-Mers au premier plan avec comme supports à l'histoire en noir et blanc, l'école, l'église et la mairie. « La Sauterelle bleue » emprunterait aussi à ce film nostalgique de Federico Fellini intitulé « Amarcord ». Dont on sait qu'en dialecte romagnol il veut dire : « Je me souviens ».

(1) « La Sauterelle bleue », Editions Aubéron, Anglet, 18 euros.
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Mercredi 8 mars 2006 3 08 /03 /Mars /2006 19:11
Voici  la préface écrite par Christian Seguin chroniqueur de la dernière page de Sud Ouest pour ce livre

Ces années là




Lorsque  démarre l’affaire Jean Marie Darmian, au milieu  des années cinquante, personne ne sait encore que l’enfant ne lâchera jamais.  C’est un guetteur qui possède  intuitivement les techniques indiennes de la dissimulation. Son oreille fonctionne comme une antenne parabolique mobile. Le temps ne compte pas. Il attend l’instant décisif où l’information va donner du sens.  Probablement a t-il déjà le goût des autres. Autour, le monde  bout.  L’exode vers les lumières de la ville n’a certes pas arraché tous les bras de la paysannerie. Il  reste trois millions d’hommes qui  lisent les ciels du soir. Pourtant une France quasiment neuve  sort de terre. La frénésie est telle que même le fainéant parie sur l’ascension sociale. Où que l’on aille, la jeune sécurité sociale atténue les grandes douleurs de la vie. Depuis peu, les travailleurs épuisés trinquent à  l’argent de la retraite porté par le facteur et le moral de la nation doit beaucoup à la troisième semaine de congés payés. La ménagère de plus de vingt ans  louche sur l’électroménager et le microsillon annonce une fête planétaire. D’ailleurs, on ne sait plus trop si c’est le plein emploi, le cinéma, le jazz, le rock ou l’automobile qui cimente le couple moderne.
Peut être même que tout cela va trop vite. Les gouvernements de la  IV e République changent comme les ciels bretons. Tandis que les premières grandes surfaces s’apprêtent à happer les familles, Poujade  prend la tête de la rébellion contre le génocide annoncé des crémeries.
Il faut avouer aussi que les habitations à loyer modéré des grands ensembles commencent à défigurer les villes laborieuses. Et que les bruits sourds de l’Algérie continuent de cogner aux portes de la  gendarmerie.
Une chose est sûre : le plan marshall n’a pas d’effets visibles sur le soufrage des tonneaux à Sadirac, un pays en paix entre les fleuves.
L’enfant décide qu’il y sera explorateur. Tout ce qui appartient à ce royaume aux frontières imprécises, explique l’univers.  Il doit donc comprendre ce qui tient de l’apparence ou puise au fond.
C’est un enfant  auquel les fées des chemins creux ont prêté attention et que Gaston Briquet, le chroniqueur du Tour de France, pousse inlassablement au sprint. Il veut comprendre. Son premier laboratoire d’observation prend corps dans une mairie de ces années là  à l’orée de la forêt, sans chauffage ni eau potable, où ses parents travaillent   en conscience pour  répondre  aux questions que l’on se pose entre la naissance et la mort. Le service public n’attend pas. L’administré frappe au carreau quand il a besoin. Longtemps avant la gare de Perpignan, la mairie de Sadirac occupe  ainsi une place à part sur la carte du monde. Autant dire que l’enfant a la République à demeure. Il est de la réalité communale comme d’autres naissent au soleil des îles sous le vent. Dedans, il  capte les messages lointains après avoir dévoré l’antique petit Larousse. Un gros poste radiophonique bouche une partie de la cuisine. Dehors, embusqué derrière la sauterelle bleue,  la fameuse Oedipoda caerulescens, il traque sans relâche les sources du Nil et trouve finalement chaque matin la Pimpine, le ruisseau des natifs.
La guerre de 14, que personne ne désigne nommément, soulève des pierres de silence. Les vieux en ont gros sur la mémoire. Bien sûr, ici, les instituteurs se succèdent à la manière des pharaons. Celui qui meurt signe une grande page du livre et plusieurs générations le porte au ciel.  L’école, après la mairie, sera son deuxième refuge en altitude. Cet enfant là ne perd rien. Il  contemple les noces, scrute les dépôts de gerbe au monument aux morts, désosse les comices agricoles, partout où le maire a de l’importance.  Il voit tout quand on dépique le blé. Il entend tout dans les soirées  suaves de gerbaude, derrière la grande roue de la fouleuse ou à l’arrière du car parti à Lourdes réapprovisionner le village en eau bénite.
 Dans ce monde merveilleux, une petite musique emmène le fossoyeur, le radical-socialiste, le tueur de cochon et la joueuse d’harmonium vers un horizon meilleur.  René Coty l’ignore, mais, à Sadirac, une loupe d’entomologiste  se pose sur le genre humain. Il y a même un homme qui, dans la dorade, ne mange que les yeux. L’abbé Langemarie vaque vers ses ouailles au volant d’une rutilante citroën Trèfle au cul pointu. Comme souvent  dans les parages, les indigènes font de la cueillette des cèpes une compétition  olympique. Grand père Silvio, déshérité de San Stefano de Zimella  revenu des hauts fourneaux de Moselle, a l’étoffe des seigneurs de la terre. Car l’Italie, au sein du royaume,  dessine un arc de lumière. L’enfant sait posséder une autre racine, une racine unique. Un souffle de Vénétie berce ses nuits.
 Papi Abel, docteur es piquette, fabrique des savons étranges et des cocktails décapants. Rebelle à la civilisation du shampoing Dop et à toute forme d’esbroufe, il ne doit sa reddition qu’à la télévision de Léon Zitrone. Mamie Anita va mourir persuadée que cette prodigieuse sorcellerie technologique parle, mais aussi entend son gendre pester contre les informations gaulliennes. Lorsque le mal apparaît, le médecin prescrit des sangsues que l’on trouve à la pharmacie.

Ce qui frappe le voyageur, si longtemps après, c’est l’exactitude de ses relevés, la vérité des personnages, la précision des identités, la description minutieuse du poids des jours, l’urgence de dire. L’explorateur a recollé les morceaux les plus frêles. Un grand tableau sort de la brume. Son récit porte la hâte, les fièvres d’antan, la beauté de l’origine. Une constellation de bulles de limonade l’enveloppe. On pourrait l’appeler «  Jean Marie Darmian , le carnet de route » ou  « un voyage extraordinaire en Créonnais ».
Comme on l’imaginait au début de l’affaire, l’enfant n’a rien cédé au vide. Le moment est venu. Il parle à chacun de nous sur le long chemin.

                                                        CHISTIAN SEGUIN.
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