Lundi 11 septembre 2006
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Monsieur Darmian,
Aprés avoir refermé la " Sauterelle bleue" j'ai pensé vous écrire. Finalement le " Ah quoi bon!.." l'a emporté.
Les parfums de mon enfance sont enfermés dans votre livre, et certaines pages exhalent l'odeur des foins et celle des litrons de piquette. Plongée dans vos lignes, les rires sonores des longues tablées italiennes ont soudainement crépité. Le sommaire, le presque-rien qui composait leur quotidien m'est revenu. Aussi nettes qu'un cliché vos descriptions ont révélé mon enfance à mon souvenir.
J'ai moi aussi profité de 2 cultures aux antipodes l'une de l'autre. Du côté paternel une famille italienne loufoque, tellement foldingue que les films de Derry n'en sont qu'une pale copie, de l'autre une famille posée, dicrète aisée. Mais c'est auprés de l'Italie que j'ai compris où se trouvait le bonheur, décelant dés mon plus jeune age l'importance du mot et le bonheur des étreintes. Le dénuement flirte avec la liberté tandis que l'aisance vous apprend le cadre et la retenue.
Vous avez réveillé des crépitements dans ma mémoire. Un petit feu d'artifice au souvenir des transalpins qui nous ont construit.
Votre histoire n'est pas la mienne, mais elle y ressemble tant, versant Italien.
Merci pour ces moments de lecture nymbés de leurs voix, de leurs chants, de leur culture.
Enfin et ainsi que je l'écris , j'avais parlé du " Ah quoi bon" avec mon amie Dominique, avec laquelle vous vous êtes rendu au Burkina. Elle me dit que je peux vous écrire. Je le fais pour n'avoir aucun regret.
J'ai eu un fardeau , pas une vie et la mort de mon frère Didier, mon seul et unique frère a marqué le début d'une longue série de catastrophes dans notre vie.
Emportant avec lui, le nom des Bernardi, il a éteint la fierté de mon grand-père Santé, il a soufflé sur les rêves de mon père, qui finit par mourir de chagrin.
Je me souviens de votre voix, sur les circuits, au vélodrome...
Je me souviens de lui et il ne passe pas un jour sans que fugace, son sourire m'apparaisse.
Je n'aime plus les pelotons colorés et le frou-frou de l'air dans les rayons me donne le frisson.
J'ai essayé ancore un peu aprés sa mort, j'ai voulu voir encore les courreurs, mais en fait c'est lui que je cherchais.
Nous habitons sur le circuit de critérium à Castiilon et ce jour là, je rentre chez moi et je me bouche les oreilles. Il est mort.
Quand il a plu sur votre vie des trombes de larmes, on peut s'étonner 30 ans aprés d'être encore vivant, trés vivant, et pourtant je le suis.
J'ai eu ma chance au début. Elle s'appelait Santé et Anna et ceux là mon appris à leur façon qu'un grain de folie est nécessaire et que le courage on le puise tous les jours.
Grâce à eux je sais qu'on peut être heureux d'un rien.
Merci d'avoir su si bien les rappeler à nous,
Merci à eux d'avoir existé
Marie-Noëlle MAGNE